Décision de justice suite à mon procès pour incitation à la haine raciale et à la violence

Le 25 novembre 2015, j’avais reçu deux messages haineux, injurieux et incitant à la haine et au meurtre sur les réseaux sociaux d’un certain Monsieur Alain Binet, tant vis-à-vis de ma personne que celle de mon bébé de 8 mois. Ce dernier a proféré des propos sexistes à mon encontre (« Mais qu’est-ce qu’elle fout encore dans notre pays cette salope ? ») et incitant à la haine et à la violence (« Comment cette salope qui fait vacciner son sale petit turc de fils sur notre compte n’a pas encore été abattue? »).

Profondément choquée par ces propos qui portent atteinte tant à notre dignité qu’à notre sécurité, j’ai fait appel à un avocat et j’ai décidé de porter plainte contre M. Binet, qui sera représenté au tribunal par l’avocat M. Modrikamen (par ailleurs le président du Parti Populaire). Le Tribunal correctionnel de Bruxelles a rendu sa décision ce mardi 31 mai 2016 en condamnant M. Binet à 15 jours de prison ferme et 6 mois de sursis.

Ce fut un procès éprouvant, car il y a dans notre société un certain « climat xénophobe » où une parole haineuse et/ou raciste s’est libérée chez une partie non négligeable des gens, plus particulièrement sur Internet. Il faut prendre la mesure de ce danger pour le vivre-ensemble. Les messages haineux doivent être pris au sérieux, car ils peuvent représenter l’étape juste avant le passage à l’acte violent.

Si j’ai décidé de porter l’affaire devant la justice, c’est parce que j’ai pensé à mon fils et à son avenir en Belgique. Je refuse que nos enfants puissent supporter cette violence et vivre dans un monde où la haine et le racisme restent impunis. Ce n’est pas en tant que députée bruxelloise que j’ai agi, mais en tant que citoyenne, en tant que femme et aussi en tant que maman. Je suis donc soulagée par cette décision et je suis reconnaissante envers la justice pour m’avoir reconnue dans mon droit, et pour m’avoir protégée ainsi que mon fils. Mais cela ne sera pas suffisant. Il est important de pouvoir éduquer sans relâche contre l’ignorance, les préjugés et les amalgames dont souffrent nombre de personnes dans notre pays.

Ce 31 mai est une date importante dans la lutte contre la cyberhaine, tant pour ma famille que pour toutes les victimes d’incitation à la haine. Cette victoire n’est pas personnelle, elle est celle de tous ceux qui croient aux valeurs de notre démocratie.
Je tiens enfin à remercier toutes celles et ceux qui m’ont témoigné leur soutien face à cette lourde épreuve.