Le rapport 2015 d’Unia et l’augmentation des actes islamophobes

Mon interpellation adressée à Madame Bianca Debaets, Secrétaire d’État à la Région de Bruxelles-Capitale, chargée de la Coopération au Développement, de la Sécurité routière, de l’informatique régionale et communale et de la Transition numérique, de l’Égalité des Chances et du Bien-Etre animal.

Madame la Secrétaire d’État,

Il est vrai que l’année 2015 a été une année marquée par l’actualité malheureuse des attentats terroristes en Europe et partout ailleurs dans le monde ainsi que par la crise des migrants. Cette actualité qui est souvent utilisée à tort et à travers dans les discours populistes pousse vers une polarisation de la société belge ayant pour conséquence de libérer les paroles et comportements xénophobes.

Les conclusions du rapport 2015 d’Unia sont particulièrement interpellantes. On constate dans celui-ci qu’entre 2010 et 2015, les dossiers ouverts par Unia en raison de discriminations ou délits de haine liés au critère des convictions religieuses ou philosophiques ont augmenté de 78%. Avec 330 dossiers ouverts l’année dernière on en est à près d’un dossier par jour. Parmi ces dossiers, 93% concernent la communauté musulmane. Le rapport met en avant également une surenchère des actes islamophobes, dans laquelle l’injure est à présent remplacée par l’agression physique.

Sur les dossiers ouverts, nombreux sont ceux concernant la discrimination à l’embauche ou au logement, mais la grande majorité concerne les discours de haine sur internet. Ce phénomène de cyber-racisme ne cesse d’augmenter, car trop souvent, on minimise les paroles des personnes qui font des appels au meurtre sur les réseaux sociaux.

Il y a tout de même quelques points qui nous poussent à être optimistes comme la diminution des cas antisémites par rapport à l’année 2014 qui était une année record en termes de dossiers ouverts pour cas d’antisémitisme.

Madame la Secrétaire d’État, je vous avais auparavant interrogé sur le bilan publié par le « Collectif Contre l’Islamophobie en Belgique » (CCIB). Pour rappel, dans le recensement effectué par le CCIB, on retrouve 47 actes à caractère islamophobes signalés entre la période des attentats du 13 novembre au 13 décembre 2015. Ces signalements au nombre de 500 pour l’année 2015 ont doublé par rapport aux signalements de l’année 2014.

J’aimerais également souligner le caractère sexiste de l’islamophobie, car la majorité des victimes sont des femmes. D’après la chercheuse Amélie le Renard, « Ces violences sont indistinctement sexistes et islamophobes. La question de savoir si c’est plutôt sexiste ou islamophobe est une impasse. » Ces femmes sont discriminées dans le secteur de l’emploi et de l’enseignement qui sont deux secteurs clés pour leur émancipation. Il y a donc un effet cumulatif des discriminations sur base de la conviction religieuse et du genre. Il serait intéressant de lancer une recherche scientifique sur la dimension sexiste de l’islamophobie et d’instaurer un accueil de première ligne pour ces femmes victimes. En effet, si on ne mesure pas ces problèmes aujourd’hui et si on n’avance pas de manière concrète, ces problèmes risquent de ne jamais être résolus.
Madame la Secrétaire d’État,

Il y a deux ans, nous avions voté dans notre Assemblée la Résolution relative à l’adoption et à la promotion d’un code de conduite en milieu urbain. Le Gouvernement s’était alors engagé à rédiger un code de conduite pour tous les Bruxellois. Il est temps, Madame la Secrétaire d’État, de passer à l’acte en matière de lutte contre la discrimination.

Dans l’accord du gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale, il est clairement mentionné que la « lutte contre les discriminations et le racisme » sera le fil rouge des politiques mises en place, car « tous les citoyens doivent être traités de façon égale et sans discrimination, quels que soient leur sexe, leur origine, leur identité, leur état de santé, leur croyance et conviction philosophique ou religieuse, leur orientation sexuelle ».

Par ailleurs cet accord stipule que «le Gouvernement veillera à développer des projets de prévention contre toute forme de discrimination, de préjugés, de racisme, d’islamophobie et d’antisémitisme, en particulier au sein des écoles et des structures d’accueil pour jeunes (campagnes de sensibilisation, création d’outils pédagogiques…). »

Mes questions sont dès lors les suivantes :

-Avez-vous pris connaissance des recommandations du rapport d’Unia ?

-Quel est l’état d’avancement des projets de sensibilisation et de prévention mentionnés dans l’accord du gouvernement ?

-Est-il possible de mettre en place une formation à destination des administrateurs des journaux belges présents sur les réseaux sociaux afin de leur donner les outils nécessaires lorsqu’ils sont confrontés à des messages à caractère xénophobe, islamophobe ou antisémite ?

-Une recherche scientifique sur la dimension sexiste de l’islamophobie est-elle envisageable afin de mieux cerner la complexité de ce phénomène ?

-Qu’en est-il du timing concernant la rédaction et l’instauration d’un code de conduite pour les Bruxellois ?